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26.08.2010

Mettre des mots sur les troubles de l'aphasie

SANTE / Chaque année, plusieurs dizaines de Valaisans sont atteints dans leur capacité de communiquer. Créée il y a cinq ans, une association valaisanne veut faire connaître l’aphasie au grand public.

Vigneron-encaveur, Jean-Charles Maye, aphasique depuis sept ans, se déplaçait encore en chaise roulante récemment. Aujourd'hui, il peut se rendre à pied dans sa cave   de Chamoson.  bittel

Connaissez-vous une personne aphasique? Si ce n'est pas le cas, ces lignes sont aussi pour vous. Car ces personnes - plusieurs dizaines de cas dans notre canton chaque année - souffrent d'une pathologie dont les symptômes sont souvent mal interprétés. Trop souvent le public ne sait pas qu'il est confronté à un aphasique en voyant dans la rue quelqu'un s'exprimer bizarrement, parfois avec des pertes d'équilibre. L'aphasique n'a rien d'un fou, et encore moins d'une personne ivre.

Pas une maladie mentale

Bien qu'assez fréquente chez l'adulte, l'aphasie n'est pas une maladie mentale, mais la conséquence d'un dommage au cerveau dans les zones responsables du langage. «L'intelligence de l'aphasique est intacte. Ce sont les outils du langage qui font défaut», note Chantal Andenmatten, logopédiste et neuropsychologue dans l'unité de neuropsychologie la Clinique romande de réadaptation de la Suva à Sion.

A Sion, l'Association valaisanne des aphasiques (AVALA) a été créée il y a maintenant cinq ans pour mieux faire connaître cette perte totale ou partielle de la capacité de communiquer. Il existe plusieurs sortes d'aphasie et de degrés de handicap.

De quoi compliquer un peu plus la tâche de cette association qui compte une centaine de membres et soutient les aphasiques et leurs familles, notamment par le biais de groupes de parole.

Accident vasculaire

Principale cause de l'aphasie: l'accident vasculaire cérébral qui peut frapper l'homme comme la femme à tout âge, même si le risque est surtout présent passé la cinquantaine. Un traumatisme crânien ou une tumeur cérébrale peuvent aussi être en cause.

Il existe plusieurs types d'aphasie selon la localisation de la lésion cérébrale. «Cela touche aussi bien le langage oral qu'écrit et souvent la compréhension. D'autres troubles, notamment de la mémoire, y sont parfois associés. On peut améliorer la situation avec une rééducation ciblée, mais il s'agit d'un traitement de longue haleine», note Chantal Andenmatten.

Certaines personnes ont dû réaménager leur vie (car la reprise du travail est souvent compromise) en faisant du bénévolat comme Georges Lovey. Romaine Lietti a repris à temps partiel son activité de professeur de danse (voir dans cette page leurs témoignages). Certains lisent, mais n'écrivent plus. D'autres, paralysés du côté droit, se déplacent sur une chaise roulante.

Mais de toute façon, l'aphasie provoque un retrait social plus ou moins marqué. D'où l'intérêt du travail de cette association, qui fait tout pour sortir l'aphasique de son isolement.

Aider les familles

En outre, pour les proches, cela demande une adaptation profonde du mode de fonctionnement de la cellule familiale. «L'aphasique peut difficilement exprimer son état émotionnel», note Chantal Andenmatten. Dans la vie de tous les jours, le dialogue se complique pour des choses apparemment simples.

Si un aphasique pourra exprimer son envie de manger du pain, les mots plus spécifiques comme «croissant» ou «tresse» feront souvent défaut. Idem pour le terme «dermatologue» qui sera remplacé par médecin. «Les mots ne sont pas perdus, mais ils sont dans des tiroirs du cerveau, dont l'aphasique peine à trouver les clés», explique la logopédiste. La personne peut aussi déformer ou confondre les mots et en inventer de nouveaux.

Dans cette situation, il est aisé de comprendre que l'aphasique se fatigue vite et que ses capacités d'attention sont diminuées.

Il manque souvent d'intérêt pour son entourage et peut se montrer irritable. On le serait à moins.

(Source: Le Nouvelliste, 26 août 2010, Gilles Berreau)

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